Par Nabil Antaki, médecin de Alep en Syrie
1- Droit et devoir d’ingérence .
Cette comédie du « devoir d’ingérence humanitaire » a été inventée pour justifier l’ingérence de certains pays dans les affaires intérieures des autres, en d’autres termes, le devoir d’ingérence, c’est la loi du plus fort, c’est le colonialisme des temps modernes. Un exemple? La France et ses alliés ont évoqué les raisons humanitaires pour intervenir en Libye et protéger les « civils désarmés attaqués par les forces de Kadhafi ». Quelle blague? Ils ont pris le parti des insurgés contre le pouvoir en place et ont bombardé des villes, dont Tripoli, en tuant beaucoup de civils. Ils veulent traduire les dirigeants syriens et libyens en justice pour crime contre l’humanité?
C’est Sarkozy, Juppé et consorts qu’il faut accuser de crimes contre l’humanité. Le droit d’ingérence humanitaire les autorise-t-il à renverser le pouvoir en place? Au nom de quel droit, Sarkozy peut décider que ce président, fût-il un dictateur, devrait être renversé? Que les pays occidentaux commencent à balayer devant leurs portes et qu’ils renversent les dictateurs qu’ils ont soutenus depuis des années. Qu’auriez-vous fait si un président du tiers monde avait déclaré, lors des émeutes des banlieues en France ou des manifestations contre le nouveau régime des retraites, que la situation en France est intolérable et que le président français devrait quitter le pouvoir?
2- Droits de l’Homme.
Une autre mascarade de la diplomatie occidentale. Elle l’utilise quand bon lui semble et toujours à sens unique. La diplomatie américaine répète depuis le début de la crise syrienne que les droits de l’Homme sont bafoués en Syrie par l’arrestation arbitraire des personnes et par leur détention sans jugement. Est-ce que Guantanamo vous dit quelque chose? Les USA y ont détenu des centaines (et continuent) de personnes arbitrairement, sans jugement et sans le recours à des avocats, et ce, depuis DIX ANS. Alors, qu’on commence à traduire les dirigeants américains en justice…
3- Démocratie.
Les dirigeants occidentaux nous veulent beaucoup de bien. Ils sont tellement amoureux de la démocratie qu’ils veulent l’imposer chez les autres de force au risque de détruire la Libye ou la Syrie. Bien sûr, ces deux pays ne sont pas très démocratiques, mais il y a pire. L’Arabie Saoudite est le pays où il y a le moins de démocratie et pourtant on n’entend aucun dirigeant occidental réclamer plus de démocratie à leur fidèle allié ou appeler au renversement du régime en place. Le pétrole remplace-t-il la démocratie?
4- Al Quaida.
Oui, c’est l’ennemi public No 1. Ce qu’il a fait le 11 septembre 2001 est horrible et inacceptable. Or, les trois pays où Al Quaida n’existait pas et plus encore où il était combattu, c’était l’Irak, la Libye et la Syrie et pourtant, les Occidentaux ont envahi l’un et sont en train de détruire les deux autres. Alors!!!
5- La politique du mensonge.
La politique des pays occidentaux est basée sur le mensonge depuis des siècles et pourtant ils tiennent des discours moralisateurs aux autres pays. Quelle hypocrisie?
Voulez-vous des exemples? En voici quelques-uns (liste qui est loin d’être exhaustive) :
- Lors de la 1re guerre mondiale, la France et la Grande-Bretagne avaient promis au Chérif Hussein l’indépendance d’un grand royaume arabe si les Arabes aidaient les alliés en se soulevant contre les Ottomans. Entretemps, les ministres français et anglais des affaires étrangères ont signé les accords Sykes-Picot pour se partager la région. Hypocrisie...
- Après la 2e guerre mondiale, les pays occidentaux ont fait circuler l’idée d’« un pays sans peuple pour un peuple sans pays » pour justifier l’installation de millions de juifs européens en Palestine. Quel mensonge! La Palestine était habitée… par les Palestiniens.
- Vous rappelez-vous de Timisoara? En 1989, les médias occidentaux, surtout français, et les dirigeants européens annoncent la découverte d’un charnier (avec vidéos et photos à l’appui), dans cette ville de Roumanie, qui contiendrait des milliers de cadavres d’opposants et de manifestants et appellent donc, devant cette horreur à la chute de Ceausescu. Deux mois plus tard, le monde, stupéfait, découvre qu’il n’y avait pas de charnier et que les cadavres montrés avaient été déterrés des cimetières!!
En 2002, GW Bush invoque la présence d’armes de destruction massive en Irak pour justifier l’invasion de l’Irak et le renversement de Saddam. Ce mensonge était le prétexte à l’invasion et tout le monde savait que ce n’était pas vrai. Mais de quel droit Bush et ses acolytes peuvent décider le renversement de Saddam, tout dictateur qu’il fut? À voir le chaos qui existe en Irak maintenant, même les plus farouches opposants à Saddam regrettent son régime.
Lire son article, « Ce qui se passe en Syrie… Témoignage d’un médecin syrien »