En 1815, lors de la restauration monarchique en France, les républicains ne manquaient pas de railler les nobles revenus au pouvoir dans « les fourgons de l’étranger », ceux de la coalition des monarchies européennes.
Aujourd’hui, les progrès technologiques aidant, ce sont les avions, les porte-avions et les missiles qui intronisent les dirigeants que l’impérialisme a choisi d’imposer aux pays dont ils guignent les ressources naturelles ou la position géostratégique.
Ainsi, en Libye, en février dernier, les dirigeants occidentaux, avides - depuis longtemps sans doute - de prendre le contrôle d’un pays riche en pétrole, ont décidé de faire la promotion des manifestations contestataires intervenues dans l’Est du pays, à Benghazi et sa région.
Presse, radios et télévisions ont joué leur rôle habituel en pareilles circonstances : préparer psychologiquement les populations des pays agresseurs à une intervention militaire.
Rien n’a manqué que nous n'ayons déjà subi pour l'Irak ou pour la Serbie : images repoussantes de Mohammad Kadhafi, chiffres (incontrôlables) de victimes imputables au même, prestations de journalistes présents sur le terrain pour confirmer la ligne éditoriale décidée à Paris, « experts » sur les plateaux TV expliquant doctement la même chose, mais avec des cartes, etc.
L’ONU, qui, en 2003, avait retiré son personnel de Bagdad pour ne pas gêner l’invasion anglo-américaine de l’Irak, pouvait reprendre du service et voter une résolution ouvrant la voie aux bombardements.
On avait annoncé un soulèvement populaire contre un dictateur reclus dans son bunker. Nul doute que l’affaire se serait soldée en peu de temps... si cela n’avait été du « bourrage de crâne ».
UN DÉLUGE DE FEU
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| Bombardement de TRIPOLI |
Il aura fallu six mois de combats, 19.751 sorties et 7.459 frappes des avions de l’OTAN pour que les « rebelles » parviennent finalement dans Tripoli.
« Sous ce déluge de feu précis et dévastateur, les unités de Kadhafi n’ont pu que peu à peu céder, se repliant dans les villes où elles tentaient de s’enterrer jusqu’à ce qu’une offensive plus ou moins coordonnée des rebelles les en déloge », écrit Slate Afrique.
Parler du rôle ambigu de l’OTAN est un « euphémisme », poursuit Slate. Il y a cinq mois, les « rebelles » qui ne disposaient d'aucuns moyen aérien se sont retrouvés, avec l’intervention de l’OTAN, épaulés par une force ultramoderne.
« Dotés de capacités de destruction bien supérieures à celles des rares appareils de Kadhafi qui pouvaient encore prendre l’air, les avions français, britanniques, Américains et autres (Canadiens) se sont rapidement assuré la maîtrise du ciel libyen. Dès lors, le lent grignotage des forces terrestres et navales du colonel a débuté ».
DES FORCES SPÉCIALES AU SOL
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| Rebelle affiche ses couleurs sur sa AK47 |
La résolution de l'ONU empêchait toute intervention au sol, mais la France et la Grande-Bretagne sont passées outre en envoyant des « conseillers militaires ».
Les insurgés « bénéficient de l’entraînement et d’une assistance considérable de contractants occidentaux [...] qui planifient et accompagnent désormais leurs missions », révèle le quotidien londonien The Independant.
Depuis plusieurs semaines, des agents français et britanniques se trouvaient aux côtés des insurgés. Ils opéraient en civil et étaient installés dans l'enceinte d’une raffinerie qui servait de PC aux « rebelles »; ils disposaient de moyens de communication, de cartes d'état-major et de photos satellites. (AFP, 25 août)
Pour Sarah Diffalah, du Nouvel Observateur, c'est la présence de forces spéciales occidentales sur le sol libyen qui « ont permis l'avancée spectaculaire des rebelles ».
Quant à l’émissaire de la Fédération de Russie auprès de l’OTAN, il assure que l’opération sur Tripoli « a été encadrée par des instructeurs militaires et de prétendus mercenaires, d’anciens soldats de l’OTAN travaillant pour des sociétés spécialisées dans la sécurité ».
Une partie des insurgés assiégeant Tripoli sont d'ailleurs arrivés par la mer, ce qui a impliqué des moyens dont seule l’OTAN pouvait se charger : affrètement des navires, encadrement, embarquement et escorte.
Enfin, le ministre britannique de la Défense, Liam Fox, a confirmé à une chaîne de télévision que l'OTAN contribue à la traque de Mouammar Kadhafi en fournissant « des renseignements et des équipements de reconnaissance ».
Le sale boulot terminé, les langues vont se délier.
On apprendra comment ce qui n'était au départ qu'une contestation populaire, circonscrite principalement à une région et à une partie seulement des Libyens, a pu être instrumentalisé et servir de couverture à une intervention militaire caractérisée de l’Occident contre un gouvernement pas moins légitime que beaucoup d’autres dans le monde.
Pour notre honte, la France a joué un rôle moteur dans cette macabre mystification.
Plus grave, aucune force politique de notre pays n’a jugé bon d'appeler à protester contre pareille ignominie.
Marx écrivait pourtant qu'il était du devoir des travailleurs « de s'initier aux mystères de la politique internationale, de surveiller les actes diplomatiques de leurs gouvernements respectifs, de les contrecarrer au besoin par tous les moyens en leur pouvoir ».
Source JPD le Petit Blanquiste
À lire : France : Une armée putschiste





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