vendredi 6 mai 2011

Obama répond à la barbarie par la barbarie

Analyses : de la mort d'Oussama Ben Laden et de la banalisation
Mireille Fanon-Mendès France
Fondation Frantz Fanon
Conseil scientifique d'ATTAC

La mort d'Oussama Ben Laden et les circonstances dans lesquelles celle-ci a eu lieu interpellent, éclairent sur les mœurs de ceux qui l’ont ordonnée et posent une série de questionnement sur le désordre du monde qu’ils organisent.

Cet individu, quelle que soit sa responsabilité dans les crimes qui ont frappé des milliers de victimes un peu partout dans le monde et qui ont endeuillé de très nombreuses familles a été exécutée dans le cadre d'une justice expéditive comme au temps de la conquête du Far West. L’opération de l’armée américaine à Abbotabad a été baptisée Geronimo. Les cow-boys d’aujourd’hui déplacent ainsi en d'autres lieux leur guerre éternelle contre les habitants d'une terre que leurs ancêtres ont spoliée et qu'ils se sont arrogée par un génocide à ce jour impuni?

Ben Laden aurait dû être arrêté et traduit en justice pour répondre de sa responsabilité dans les actes de terrorisme dans le cadre d'un procès équitable, tel que cela est précisé dans l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et qui constitue le critère principal d’un État de droit.

Ce procès aurait permis aux familles des victimes, quel que soit le continent sur lequel elles se trouvent, de comprendre et d'écouter celui qui a commandité de nombreux crimes terroristes. La sentence qui l'aurait frappé aurait été fondée sur le respect des droits humains et par ce qui fait lien entre les hommes, à savoir le droit à la vie et à la dignité. Ce procès, pour difficile qu'il ait pu être, aurait permis de transcender le sentiment de vengeance qui habite chacun de ceux qui sont frappés par des actes incommensurables et indignes.

Le procès de Nuremberg n'a-t-il pas eu cette fonction?

De fait, le choix de l'élimination de Ben Laden repose sur les mêmes ressorts que ceux utilisés par les responsables d'actes terroristes. Dès lors, comment panser les plaies d'un deuil rendu impossible, comment construire un monde de paix où la vie et la dignité humaine sont respectées si ceux qui ont été élus pour garantir les attentes de leur peuple transgressent leur mandat et sont responsables de crimes?

Dans la brutale réalité de cette exécution, ceux qui pensent avoir vengé les milliers de morts par terrorisme ont utilisé les mêmes éléments que ceux qui assument les actes terroristes. La barbarie répond à la barbarie.

Non, justice n'a pas été rendue! Seul le sentiment de vengeance a été assouvi. Dans cette affaire sordide, les États-Unis ont joué sur l’émotion pour occulter la raison. Aussi criminel que Ben Laden ait pu être, il était un justiciable comme un autre. En bafouant ce principe, les États-Unis pavent la voie à un monde sans loi ni droit.
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La mort d'Oussama Ben Laden n'est pas une avancée en direction du progrès humain et d'un monde meilleur. Cet homme disparait en emportant avec lui ce qu'il savait, ce qu'il aurait pu dire et sans que les parents et amis des victimes aient droit au procès de celui présenté comme l'architecte de leur douleur. La mise hors d'état de nuire d'un terroriste, aussi emblématique fût-il, par des moyens qui ignorent le droit est symptomatique de la violence qui sous-tend l'organisation du monde tel que voulu par les néo-conservateurs. L'Occident, qui se réclame des Lumières, entend imposer une culture des relations internationales basées sur la supériorité des armes, le mépris du droit et la hiérarchie des cultures.


La banalisation de la mutation et de la déstructuration du droit international et la banalisation du racisme confirment, entre autres signaux, la mise en place du nouvel ordre mondial basé sur la force et la violence. Un ordre glacial et désespéré dominé par la fureur et la peur de tous ceux qui veulent le monde à leur image et à leurs pieds.

La suite de l'article sur UJFP

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