mardi 17 mai 2011

Libye un « remake » de l'histoire?

La Libye serait-elle le remake moderne de cette histoire passée?
La conférence de Gênes 1922

Le 16 avril 1922 à Gênes, Villa Alberti, la délégation allemande, à la Conférence économique internationale d'après-guerre fit exploser une bombe dont l'onde de choc traversa l'Atlantique. C'était une bombe politique. En présence de Tchitchérine, ministre russe des Affaires étrangères, Walther Rathenau, ministre allemand des Affaires étrangères, annonça aux ministres d'État rassemblés que l'Allemagne et l'Union Soviétique avaient conclu un accord bilatéral par lequel la Russie renonçait à ses prétentions concernant les réparations de guerre allemandes, en échange de quoi l'Allemagne était prête à vendre à l'Union Soviéétique des biens et produits y compris de la technologie industrielle.

Le traité de Rapello, du nom du village où il avait été conclu entre les Allemands et les Soviétiques, surprit les délégués. Il produisit une réaction de panique chez les Britaniques et les Français.

Au début des années vingt, la conférence de Gênes avait été convoquée sur l'insistance des Britaniques pour mettre en oeuvre certains de leurs objectifs stratégiques post-Versaillais. Il était prévu d'y rétablir l'étalon-or international d'avant 1914, centré sur Londres. Les Britaniques entendaient également, en y invitant la Russie bolchévique, utiliser cette conférence pour rétablir des relations diplomatiques avec l'Union soviétique qui était devenue le paria de la communauté internationale depuis que le gouvernement bolchévique avait unilatéralement répudié toutes les dettes du gouvernement tsaristes. Le gouvernement américain avait été persuadé de ne pas participer officiellement à la conférence, laissant ainsi le champ libre à l'hégémonie britannique.

L'ouverture de la Grande-Bretagne vers Moscou était un geste d'envergure. Ces nouvelles relations diplomatiques visaient à préparer le terrain pour des transactions commerciales lucratives qui devaient permettre à la Royal Dutch Shell et aux autres intérêts pétroliers Britaniques de contrôler les champs pétrolifères de Bakou, ravagés par la guerre. En même temps qu'il finançait secrètement une contre-révolution russe blanche qui devait éclater en 1918,et en concertation avec le secrétaire colonial Winston Churchill, Henry Deterding de la Shell vint tranquillement en France pour y acquérir les baux d'exploitation pétrolière de Bakou qui datait d’avant la révolution, anticipant l’effondrement imminent d'un régime soviétique dégradé et économiquement isolé.

C'était l'époque du fameux complot de Lockhart, à la suite duquel Sidney Reilly et sir Robin Bruce Lockhart, l'envoyé de la Grande-Bretagne à Moscou avaient été jugés par contumace et condamnés à mort en août 1918 pour leur tentative d'assassinat sur la personne de Lénine.....Sous les ordres du bureau colonial de Churchill, la police britannique soutenait un gouvernement en exil en la personne ambigüe de Boris Savinkoff, morphinomane également ministre de la Guerre de l’infortuné gouvernement Kérenski. Jusqu'en 1920, avec le soutien de Churchill et du gouvernement britannique, Deterding avait envoyé de grosses sommes d’argent à un mouvement contre-révolutionnaire russe dirigé par les généraux Wrangel, Denikine et l’amiral Koltchak entre autres personnalités. Imaginant mettre la main sur le pétrole de Bakou, il avait, par anticipation, crée la Compagnie Pétrolière Anglo-Cocassienne. De plus en plus frustré, Deterding avait été jusqu'à financer un mouvement séparatiste à Bakou qui aurait reconnu ses concessions pétrolières...

( Aujourd'hui Benghazi serait-elle le nouveau Bakou?)

de William Engdhal,
 chapitre 6, page 83-84,
 aux éditions Jean-Cyrille Godefroy 2007

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