L'inaction d'Ottawa dans la crise qui secoue le monde arabe s'explique par l'ensemble de sa politique étrangère au Proche-Orient.
Depuis que les affrontements ont commencé en Libye, il y a deux semaines, le ministère des Affaires étrangères se targue d'avoir « facilité l'évacuation » de 313 Canadiens. Or, la plupart d'entre eux sont partis à bord de bateaux et d'avions étrangers alors que les efforts du Canada peinaient à se matérialiser.
Errol Mendes, spécialiste de la politique étrangère et professeur de droit à l'Université d'Ottawa, estime que le plan d'évacuation du Canada est à l'image de sa politique au Proche-Orient : « Je ne pense pas qu'Ottawa se préoccupe d'aucuns de ces pays. Le Proche-Orient, pour le gouvernement conservateur, ça se résume à Israël. »
Selon lui, non seulement les ressources du ministère des Affaires étrangères au Proche-Orient ont été réduites, mais les diplomates ne peuvent plus agir par eux-mêmes... C'est ce qui explique selon lui que, après plusieurs ratages dans les efforts d'évacuation, Ottawa ait maintenant déployé l'armée, pour « montrer des muscles ».
Aux yeux du Conseil national des relations canado-arabes (CNRCA), la timidité du gouvernement Harper dans la crise en Égypte confirme qu'il a été guidé par sa politique pro-Israël.
À l'instar d'Israël, le Canada craignait que le départ de Moubarak ne signifie la mort du traité de paix israélo-égyptien et n'ouvre la porte aux Frères musulmans.
Stephen Harper n'a jamais réclamé le départ d'Hosni Moubarak, alors que les alliés traditionnels du Canada, au premier rang les États-Unis et la Grande-Bretagne, n'ont pas hésité à le faire. Lorsque Moubarak a finalement cédé aux pressions populaires et annoncé son départ, Stephen Harper s'est borné à dire qu'il « respectait » cette décision, alors que Barack Obama et David Cameron l'ont accueillie favorablement.
« Le gouvernement canadien a été lent à réagir à la crise en Tunisie et en Égypte. Il a été lent à mettre de la pression sur les gouvernements pour qu'ils répondent aux souhaits des manifestants. Mais tout cela était lié à la question de la sécurité d'Israël », affirme Doug Daniels, le vice-président du CNRCA.
Selon le quotidien israélien Haaretz, le gouvernement israélien a demandé à ses ambassadeurs d'exhorter les pays alliés, dont le Canada, à faire preuve de retenue dans leurs critiques envers le régime d'Hosni Moubarak. De toute évidence, le gouvernement Harper a accédé à cette requête. « Depuis le début de la crise, dit un ancien diplomate du Canada qui a requis l'anonymat, notre position a été guidée par notre politique envers Israël. Nous sommes restés silencieux durant toute la période où les gens ont essayé de se débarrasser de Moubarak parce qu'Israël préférait que Moubarak reste au pouvoir. Toute notre politique dans les pays de l'Afrique du Nord est vue à travers le prisme d'Israël de Benyamin Nétanyahou. C'est honteux de voir jusqu'à quel point nous sommes restés inactifs
Si le gouvernement Harper a été plus prompt à réagir à la crise en Libye, c'est que le régime au pouvoir est universellement détesté, tant par les amis d'Israël que par ses ennemis, selon plusieurs observateurs. Le Canada a haussé le ton sans que cela ait de conséquence pour son allié au Proche-Orient, selon Doug Daniels.
Au-delà d'Israël, la politique du gouvernement Harper au Proche-Orient a davantage à voir avec ses intérêts intérieurs, estime Errol Mendes.
Politologue à l'Université d'Ottawa, Amir Attaran abonde dans son sens : «Il y a un désintérêt complet pour toute politique étrangère. C'est le même gouvernement qui a échoué à obtenir un siège au Conseil de sécurité de l'ONU pour la première fois de l'histoire du Canada. Ce sont deux manifestations du même phénomène : ce gouvernement n'est pas intéressé par la politique étrangère.»
Pour ce qui est de l'aide aux Canadiens à l'étranger, M. Attaran est catégorique : «Nous avons un problème récurrent à protéger nos citoyens. Parlez-en à Maher Arar, Abousfian Abdelrazik, Amanda Lindhout. Si on a une double citoyenneté et que l'on voyage en zone dangereuse, il vaut mieux laisser son passeport canadien à la maison», conclut-il.
Joël-Denis Bellavance et Malorie Beauchemin
Source La Presse
Depuis que les affrontements ont commencé en Libye, il y a deux semaines, le ministère des Affaires étrangères se targue d'avoir « facilité l'évacuation » de 313 Canadiens. Or, la plupart d'entre eux sont partis à bord de bateaux et d'avions étrangers alors que les efforts du Canada peinaient à se matérialiser.
Errol Mendes, spécialiste de la politique étrangère et professeur de droit à l'Université d'Ottawa, estime que le plan d'évacuation du Canada est à l'image de sa politique au Proche-Orient : « Je ne pense pas qu'Ottawa se préoccupe d'aucuns de ces pays. Le Proche-Orient, pour le gouvernement conservateur, ça se résume à Israël. »
Selon lui, non seulement les ressources du ministère des Affaires étrangères au Proche-Orient ont été réduites, mais les diplomates ne peuvent plus agir par eux-mêmes... C'est ce qui explique selon lui que, après plusieurs ratages dans les efforts d'évacuation, Ottawa ait maintenant déployé l'armée, pour « montrer des muscles ».
Aux yeux du Conseil national des relations canado-arabes (CNRCA), la timidité du gouvernement Harper dans la crise en Égypte confirme qu'il a été guidé par sa politique pro-Israël.
À l'instar d'Israël, le Canada craignait que le départ de Moubarak ne signifie la mort du traité de paix israélo-égyptien et n'ouvre la porte aux Frères musulmans.Stephen Harper n'a jamais réclamé le départ d'Hosni Moubarak, alors que les alliés traditionnels du Canada, au premier rang les États-Unis et la Grande-Bretagne, n'ont pas hésité à le faire. Lorsque Moubarak a finalement cédé aux pressions populaires et annoncé son départ, Stephen Harper s'est borné à dire qu'il « respectait » cette décision, alors que Barack Obama et David Cameron l'ont accueillie favorablement.
« Le gouvernement canadien a été lent à réagir à la crise en Tunisie et en Égypte. Il a été lent à mettre de la pression sur les gouvernements pour qu'ils répondent aux souhaits des manifestants. Mais tout cela était lié à la question de la sécurité d'Israël », affirme Doug Daniels, le vice-président du CNRCA.
Selon le quotidien israélien Haaretz, le gouvernement israélien a demandé à ses ambassadeurs d'exhorter les pays alliés, dont le Canada, à faire preuve de retenue dans leurs critiques envers le régime d'Hosni Moubarak. De toute évidence, le gouvernement Harper a accédé à cette requête. « Depuis le début de la crise, dit un ancien diplomate du Canada qui a requis l'anonymat, notre position a été guidée par notre politique envers Israël. Nous sommes restés silencieux durant toute la période où les gens ont essayé de se débarrasser de Moubarak parce qu'Israël préférait que Moubarak reste au pouvoir. Toute notre politique dans les pays de l'Afrique du Nord est vue à travers le prisme d'Israël de Benyamin Nétanyahou. C'est honteux de voir jusqu'à quel point nous sommes restés inactifs
Si le gouvernement Harper a été plus prompt à réagir à la crise en Libye, c'est que le régime au pouvoir est universellement détesté, tant par les amis d'Israël que par ses ennemis, selon plusieurs observateurs. Le Canada a haussé le ton sans que cela ait de conséquence pour son allié au Proche-Orient, selon Doug Daniels.
Au-delà d'Israël, la politique du gouvernement Harper au Proche-Orient a davantage à voir avec ses intérêts intérieurs, estime Errol Mendes.
Politologue à l'Université d'Ottawa, Amir Attaran abonde dans son sens : «Il y a un désintérêt complet pour toute politique étrangère. C'est le même gouvernement qui a échoué à obtenir un siège au Conseil de sécurité de l'ONU pour la première fois de l'histoire du Canada. Ce sont deux manifestations du même phénomène : ce gouvernement n'est pas intéressé par la politique étrangère.»
Pour ce qui est de l'aide aux Canadiens à l'étranger, M. Attaran est catégorique : «Nous avons un problème récurrent à protéger nos citoyens. Parlez-en à Maher Arar, Abousfian Abdelrazik, Amanda Lindhout. Si on a une double citoyenneté et que l'on voyage en zone dangereuse, il vaut mieux laisser son passeport canadien à la maison», conclut-il.
Joël-Denis Bellavance et Malorie Beauchemin
Source La Presse
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