
Voici le point de vue d'une femme sur La Laicité ouverte pour envoyer un message clair d'inclusion sociale et de tolérance et combattre le point de vue démagogique comme celle de
Robert Barberis et de ses amis d'Hérouxville (une pub gratuite). Comme la chanson de Brel, « C'est comme les bourgeois, plus on devient vieux, plus on devient con »
La laïcité, jusqu'où?
par
Mariam HassaouiEntre la théorie et la pratique, un fossé abyssal peut s'établir, en particulier quand un principe comme celui de la laïcité est érigé en dogme ou en absolu.
C'est la capacité des femmes et des hommes à faire preuve de sagesse, de nuance et d'équilibre qui peuvent le mieux assurée le caractère libre et démocratique d'une société laïque.
Il nous faut donc nous interroger sur le premier constat de certains laïcs à savoir : l'évidence effective et la pertinence éthique d'une nette séparation entre le politique et le religieux. C'est ainsi que la manière de considérer le fait religieux ou tout autre choix culturel devrait être plus nuancée et comprise dans le cadre d'une évaluation concrète de la part des acteurs sociaux et politiques.
Dans le contexte québécois hautement émotif du débat sur la place du fait religieux, il faudrait se demander, par exemple, si la définition d'un cadre institutionnel se disant neutre est un facteur d'exclusion sociale ou d'inclusion sociale.

Les femmes musulmanes qui portent le foulard constituent 10 % des femmes de culture musulmane québécoises, qui elles-mêmes représentent 2 % des femmes au Québec. En disant que des femmes musulmanes ne devraient ne pas porter de symboles religieux, et donc devoir abandonner leur identité, si elles souhaitent travailler pour l'État, on s'assure de les maintenir dans leur état de domination et de soumission.
Si des femmes ont une sincère conviction religieuse, ne sont pas toutes aliénées, sont compétentes, ne changeront pas de conviction et ne nuisent à personne, pourquoi devraient-elles choisir entre un poste à la fonction publique québécoise et leur conviction religieuse clairement affichée?
Il existe une marge, une zone, entre les extrêmes et les radicalismes de tout genre, religieux comme laïcs. Bien sûr, si certains tenants de la laïcité considèrent ou suggèrent que la seule vue d'un foulard musulman ou d'une kippa juive est jugée être une insulte aux femmes, il est compréhensible que le débat tourne court entre deux tendances de la laïcité : une dite fermée et l'autre dite ouverte.

La conception rigide de la laïcité repose, entre autres, sur l'a priori que l'État est neutre et que la religion et la science sont incompatibles. Or, que veut-on dire exactement par le terme de neutralité de l'État?
Toute la réflexion autour de l'intervention de l'État depuis la Révolution tranquille confirme le caractère engagé de l'État. C'est au nom de l'émancipation économique et culturelle des Franco-Québécois, de l'égalité sociale entre les femmes et les hommes, de la réduction des écarts entre riches et pauvres que l'État québécois n'a cessé d'intervenir! Pourquoi l'État ne devrait-il pas aussi intervenir pour soutenir la liberté religieuse de ses citoyens les plus opprimés?

Il est donc étonnant que cet argument de la
neutralité de l'État, tout à coup, intervienne dans le débat sur la séparation stricte entre le politique et le religieux, car l'État n'est pas désincarné et les croyances religieuses ne cessent pas d'exister une fois franchit le seuil de l'espace strictement privé.
Contre une conception républicaine fictive d'un État neutre, la conception laïque « ouverte » permet d'inclure au sein des institutions publiques la
pluralité des opinions qui sont déjà là, de facto, mais sous certaines limites qui évitent à la fois la domination religieuse et la négation du droit à sa croyance religieuse ou autre.
Une de ces limites est l'absence de tout symbole qui supposerait la supériorité d'une religion sur les autres formes de croyances; non pas pour donner l'illusion que les croyances n'existent pas, mais pour toutes les reconnaître sur un même pied d'égalité.
Une autre limite importante à diverses formes d'intégrisme est la nécessaire compétence scientifique et technique des employés de l'État. De tels garde-fous permettent d'envisager des mélanges inédits loin des conceptions dogmatiques religieuses et humanistes. Toute une génération de scientifiques québécois, pensons au frère Marie-Victorin, n'a-t-elle pas démontré que le port de vêtements religieux n'était pas incompatible avec le travail du savant??
En invitant, notamment, les femmes musulmanes qui portent le foulard à venir travailler à des postes de la fonction publique, suivant la voie d'une laïcité « ouverte », la société québécoise envoie un message clair d'ouverture et de tolérance.