samedi 25 décembre 2010

Noël de voyous

Par Gil Courtemanche

Un Extrait
Ce soir, au traditionnel repas de famille, on ne parlera presque pas de politique. Dans ma famille pourtant très politisée et engagée, il en est ainsi depuis quelques années. Une sorte de lassitude, d'impression de tourner en rond ou, encore, sentiment d'impuissance qui s'accompagne souvent d'une lente résignation. Je ne sais trop pourquoi, mais il en est ainsi. On parlera cuisine, voyages, parcours des enfants qui le sont de moins en moins, santé parce que la famille vieillit, pressions économiques. Mais on ne parlera pas de la crise économique dont, comme tous les citoyens modestes, nous sommes les premières victimes pendant que ceux qui l'ont produite retrouvent leurs parachutes dorés, leurs primes, leurs profits. Comme si cela était inévitable, inscrit dans l'ordre des choses.

Le 24 janvier prochain, ça fera deux ans, oui, deux longues années, que les 250 employés du Journal de Montréal auront été privés de leur travail. Je ne connais pas beaucoup de sociétés où une telle situation aurait pu se produire sans que le gouvernement intervienne de manière forte. Mais le gouvernement se réfugie dans le silence institutionnel de son Code du travail qui, il le sait, est totalement impuissant dans ce conflit. Code dépassé, vermoulu, inutile, qui permet à l'employeur de réduire à zéro pour le syndicat le rapport de force équilibré sur lequel le Code se fonde.

Il faut lire le journal de Péladeau durant quelques jours pour constater comment celui-ci n'est plus qu'une circulaire dont la plupart des textes sont repris, repiqués, voire plagiés. Les pigistes de renom jouissent joyeusement du droit légal d'être des briseurs de grève, heureux de ne pas vivre l'odieux de traverser physiquement un piquet de grève. La quinzaine de cadres qui façonnent le «journal» planchent sur des sites Internet et réussissent à publier leur gros catalogue sans sortir de leur bunker. Des journalistes virtuels qui ne rencontrent personne.Quelques artistes intrépides refusent de parler au quotidien de la rue Frontenac, mais leurs propos à TVA ou leurs photos dans Sept Jours sont repris intégralement dans Le Journal de Montréal. Quand la pieuvre Quebecor ne réussit pas à se saisir d'un acteur de l'actualité, elle reprend un article publié dans un autre quotidien.

En fait, on assiste impuissant à la domination insolente d'un empire voyou, certain de pouvoir intimider tout le monde et de demeurer impuni.

Je sens qu'il en sera de même avec la fermeture d'Électrolux. Au lieu de mettre en place comme cela existe ailleurs des mesures qui rendent très onéreuses les fermetures justifiées seulement par une plus grande rentabilité, on planchera sur des programmes de reclassement et de formation. Reclassement comme «associés» chez Wal-Mart, formation de livreur pour service de courrier ou gardien de nuit.

Joyeux Noël. Non, j'oubliais: joyeuse célébration d'une naissance soulignée par les chrétiens, par les commerces et par les voyous.

Lire l'intégral ICI Le Devoir

LinkWithin

Related Posts with Thumbnails