Par Agnès Gruda
L'affaire est close. J'espère que cela enverra un message aux terroristes.» C'est avec ces mots que le procureur chef des commissions militaires, John Murphy, a accueilli la peine de 40 ans de prison infligée à Omar Khadr, dimanche, à Guantánamo.
L'entente qui a incité Omar Khadr à plaider coupable rend cette peine purement théorique. En réalité, si le gouvernement canadien respecte l'accord, le jeune homme pourra rentrer au Canada dans un an. Et il a de bonnes chances de recouvrer rapidement la liberté.
Il reste que, à l'issue de ce feuilleton judiciaire aux multiples rebondissements, un jury a estimé que, en plus des huit années qu'il a déjà passées en prison, Omar Khadr mérite de rester pratiquement toute sa vie derrière les barreaux.
Ni le fait qu'il n'était qu'un adolescent au moment de son arrestation, ni les mauvais traitements qu'il a subis depuis, n'ont infléchi les jurés. S'il n'en tenait qu'à eux, Omar Khadr n'aurait droit à aucune chance de réhabilitation. Ils lui auraient refusé tout espoir de vivre un jour une vie normale.
Cette peine d'une rare sévérité envoie effectivement tout un message, mais pas exactement celui auquel pense le procureur John Murphy.
Ce que l'on en retient, en premier lieu, c'est que dans certaines situations, face à certains ennemis, les garanties offertes par un système judiciaire démocratique peuvent être balayées d'un revers de main. Que l'on peut détenir des prisonniers pendant des années sans la moindre accusation, pour ensuite les condamner sur la foi d'aveux arrachés sous la torture, par exemple.
Ce que l'on retient également, c'est que dans certaines situations, face à certains ennemis, un pays qui se présente comme un modèle de démocratie peut forger de toute pièce une justice parallèle dans laquelle ses propres soldats bénéficient de toutes les protections, tandis que les «combattants ennemis», eux, ne sont que des cibles à abattre. Quand ils tuent, les premiers sont des militaires. Les seconds, des meurtriers.
Ce que l'on retient aussi, c'est que ce même pays peut transgresser des tas de traités internationaux et faire fi des règles qu'il a lui-même signées, comme celles qui déterminent la façon d'agir face à des enfants soldats, par exemple. Drôle de message aux autres signataires de ces traités.
Le quatrième «message», lui, est signé par Ottawa. Il dit en gros ceci: le Canada compte deux types de citoyens. Ceux qui ont droit à la protection consulaire quand ils atterrissent dans une prison étrangère, et ceux que l'on peut laisser se faire malmener sans sourciller. (Lawrence Cannon se fout de Khadr, comme Ponce Pilate il se lave les mains)
À ce sujet, il faut voir le documentaire Vous n'aimez pas la vérité, basé sur l'interrogatoire d'Omar Khadr par des agents du Service canadien du renseignement de sécurité, en 2003, à Guantánamo. Vers la fin de l'interrogatoire, le jeune prisonnier revient, une fois de plus, sur la torture qu'il a subie après son arrestation et sur sa crainte de devoir revivre le même cauchemar.
«Je ne suis pas ici pour parler de ce que tu vis, franchement, ça ne me concerne pas», réplique son interrogateur. En d'autres mots: que tu te fasses torturer ou pas, le Canada s'en fout.
C'est, effectivement, tout un message.
Source La Presse
L'affaire est close. J'espère que cela enverra un message aux terroristes.» C'est avec ces mots que le procureur chef des commissions militaires, John Murphy, a accueilli la peine de 40 ans de prison infligée à Omar Khadr, dimanche, à Guantánamo.L'entente qui a incité Omar Khadr à plaider coupable rend cette peine purement théorique. En réalité, si le gouvernement canadien respecte l'accord, le jeune homme pourra rentrer au Canada dans un an. Et il a de bonnes chances de recouvrer rapidement la liberté.
Il reste que, à l'issue de ce feuilleton judiciaire aux multiples rebondissements, un jury a estimé que, en plus des huit années qu'il a déjà passées en prison, Omar Khadr mérite de rester pratiquement toute sa vie derrière les barreaux.Ni le fait qu'il n'était qu'un adolescent au moment de son arrestation, ni les mauvais traitements qu'il a subis depuis, n'ont infléchi les jurés. S'il n'en tenait qu'à eux, Omar Khadr n'aurait droit à aucune chance de réhabilitation. Ils lui auraient refusé tout espoir de vivre un jour une vie normale.
Cette peine d'une rare sévérité envoie effectivement tout un message, mais pas exactement celui auquel pense le procureur John Murphy.Ce que l'on en retient, en premier lieu, c'est que dans certaines situations, face à certains ennemis, les garanties offertes par un système judiciaire démocratique peuvent être balayées d'un revers de main. Que l'on peut détenir des prisonniers pendant des années sans la moindre accusation, pour ensuite les condamner sur la foi d'aveux arrachés sous la torture, par exemple.
Ce que l'on retient également, c'est que dans certaines situations, face à certains ennemis, un pays qui se présente comme un modèle de démocratie peut forger de toute pièce une justice parallèle dans laquelle ses propres soldats bénéficient de toutes les protections, tandis que les «combattants ennemis», eux, ne sont que des cibles à abattre. Quand ils tuent, les premiers sont des militaires. Les seconds, des meurtriers.
Ce que l'on retient aussi, c'est que ce même pays peut transgresser des tas de traités internationaux et faire fi des règles qu'il a lui-même signées, comme celles qui déterminent la façon d'agir face à des enfants soldats, par exemple. Drôle de message aux autres signataires de ces traités.
Le quatrième «message», lui, est signé par Ottawa. Il dit en gros ceci: le Canada compte deux types de citoyens. Ceux qui ont droit à la protection consulaire quand ils atterrissent dans une prison étrangère, et ceux que l'on peut laisser se faire malmener sans sourciller. (Lawrence Cannon se fout de Khadr, comme Ponce Pilate il se lave les mains)À ce sujet, il faut voir le documentaire Vous n'aimez pas la vérité, basé sur l'interrogatoire d'Omar Khadr par des agents du Service canadien du renseignement de sécurité, en 2003, à Guantánamo. Vers la fin de l'interrogatoire, le jeune prisonnier revient, une fois de plus, sur la torture qu'il a subie après son arrestation et sur sa crainte de devoir revivre le même cauchemar.
«Je ne suis pas ici pour parler de ce que tu vis, franchement, ça ne me concerne pas», réplique son interrogateur. En d'autres mots: que tu te fasses torturer ou pas, le Canada s'en fout.
C'est, effectivement, tout un message.
Source La Presse
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