Petite histoire d'un mot qui répand la terreur
Par Fausto Giudice
En ce 11 septembre, où tous les médias de la planète nous abreuvent d’images et de discours sur l’horrible attentat de 2001, il m’a semblé utile d’apporter une modeste contribution à l’analyse du phénomène qualifié de terrorisme, en commençant par l’histoire même de ce mot. Il n’est en effet pas inutile, pour comprendre une réalité complexe et surtout obscure, de déconstruire les mots utilisés pour la désigner et la décrire.
Dans un rapport d’étude publié en 1988, l’armée AMÉRICAINE constatait qu’il existait plus de 100 définitions du terrorisme. Et l’ONU elle-même n’est pas parvenue à ce jour à établir une définition universellement acceptable. Ce n’est pas étonnant : les combattants de liberté des uns sont les terroristes des autres. Les éphémères maîtres nazis de l’Europe occupée qualifiaient les résistants qui, de la Norvège au Danemark, leur tiraient dessus ou posaient des bombes pour faire dérailler leurs trains militaires, de terroristes. Idem pour les occupants sionistes de la Palestine, qui ont eux-mêmes été les premiers, dès 1936, à utiliser l’arme de l’attentat aveugle contre des civils pour parvenir à leurs fins.
Terroristes d’hier et d’avant-hier
Aujourd’hui,et depuis le 11 septembre 2001, terroriste est synonyme d’islamiste. Il n’en a pas toujours été ainsi : dans l’Europe des années 1970, terroriste désignait les clandestins des Brigades rouge Italienne, de la Fraction armée rouge, des Cellules révolutionnaires et du Mouvement du 2 Juin en Allemagne fédérale, de la Angry Brigade anglaise, d’Action directe en France, des Cellules communistes combattantes (Belgique), du Mouvement du 17 Novembre et Rigas Feraios (Grèce), sans oublier, bien sûr, l’ETA basque et l’IRA irlandaise. Ailleurs dans le monde, des Tupamaros uruguayens et des Weathermen usaméricains au FPLP palestinien, les « terroristes » étaient généralement des gens d’extrême gauche, issus de diverses scissions du mouvement communiste international.
Le sens actuel du mot terroriste - combattant clandestin utilisant des méthodes de lutte armée non-conventionnelles pour déstabiliser l’ennemi – est relativement récent : il remonte à la fin du XIXe siècle.
Sa première utilisation connue date du 24 janvier 1878 : ce jour-là, à Saint-Pétersbourg, Vera Zassoulitch, militante russe du groupe Zemlia i Volia (Terre et Liberté), pénètre dans le bureau du gouverneur et chef de la police Trepov. Elle lui tire une balle dans la tête, le laissant pour mort, avant de se livrer elle-même à la police. Posant son arme après avoir tiré, elle prévient d’emblée ses accusateurs potentiels par la phrase : « Je suis une terroriste, pas une tueuse », affirmant ainsi la nature politique de son geste.La veille, lors de sa visite à la prison de la ville, Trepov avait ordonné qu’on fouette un détenu qui avait refusé de se découvrir devant lui , ce qui fut aussitôt fait : le détenu y perdit un œil. Vera réagissait ainsi au « procès des 193 » militants qui venait d’avoir lieu, au cours duquel 36 prévenus avaient été condamnés à des peines de déportation. Terre et Liberté était un mouvement socialiste, populiste, né du mouvement étudiant de 1868. Suite à la répression de ce mouvement, plusieurs centaines d’étudiants avaient décidé de fuir les villes et d’aller au peuple, dans la Russie profonde, bref de prendre le maquis parmi les masses paysannes. Devant la répression féroce qu’ils subirent, une partie d’entre eux décidèrent de recourir au terrorisme, en exécutant des bourreaux du peuple.Leurs successeurs, les socialistes révolutionnaires, furent décimés par les Bolcheviks, une fois ceux-ci parvenus au pouvoir en 1917. Pour en revenir à Vera Zassoulitch, l’étonnant est qu’elle fut acquittée à son procès par la cour d’assises, sous les applaudissements de l’assistance, le jury populaire étant unanime à reconnaître que la cruauté du gouverneur Trepov légitimait le coup de feu de Vera.
La suite de cet article ICI TLAXCALA
Par Fausto Giudice
En ce 11 septembre, où tous les médias de la planète nous abreuvent d’images et de discours sur l’horrible attentat de 2001, il m’a semblé utile d’apporter une modeste contribution à l’analyse du phénomène qualifié de terrorisme, en commençant par l’histoire même de ce mot. Il n’est en effet pas inutile, pour comprendre une réalité complexe et surtout obscure, de déconstruire les mots utilisés pour la désigner et la décrire.Dans un rapport d’étude publié en 1988, l’armée AMÉRICAINE constatait qu’il existait plus de 100 définitions du terrorisme. Et l’ONU elle-même n’est pas parvenue à ce jour à établir une définition universellement acceptable. Ce n’est pas étonnant : les combattants de liberté des uns sont les terroristes des autres. Les éphémères maîtres nazis de l’Europe occupée qualifiaient les résistants qui, de la Norvège au Danemark, leur tiraient dessus ou posaient des bombes pour faire dérailler leurs trains militaires, de terroristes. Idem pour les occupants sionistes de la Palestine, qui ont eux-mêmes été les premiers, dès 1936, à utiliser l’arme de l’attentat aveugle contre des civils pour parvenir à leurs fins.
Terroristes d’hier et d’avant-hier
Aujourd’hui,et depuis le 11 septembre 2001, terroriste est synonyme d’islamiste. Il n’en a pas toujours été ainsi : dans l’Europe des années 1970, terroriste désignait les clandestins des Brigades rouge Italienne, de la Fraction armée rouge, des Cellules révolutionnaires et du Mouvement du 2 Juin en Allemagne fédérale, de la Angry Brigade anglaise, d’Action directe en France, des Cellules communistes combattantes (Belgique), du Mouvement du 17 Novembre et Rigas Feraios (Grèce), sans oublier, bien sûr, l’ETA basque et l’IRA irlandaise. Ailleurs dans le monde, des Tupamaros uruguayens et des Weathermen usaméricains au FPLP palestinien, les « terroristes » étaient généralement des gens d’extrême gauche, issus de diverses scissions du mouvement communiste international.Le sens actuel du mot terroriste - combattant clandestin utilisant des méthodes de lutte armée non-conventionnelles pour déstabiliser l’ennemi – est relativement récent : il remonte à la fin du XIXe siècle.
Sa première utilisation connue date du 24 janvier 1878 : ce jour-là, à Saint-Pétersbourg, Vera Zassoulitch, militante russe du groupe Zemlia i Volia (Terre et Liberté), pénètre dans le bureau du gouverneur et chef de la police Trepov. Elle lui tire une balle dans la tête, le laissant pour mort, avant de se livrer elle-même à la police. Posant son arme après avoir tiré, elle prévient d’emblée ses accusateurs potentiels par la phrase : « Je suis une terroriste, pas une tueuse », affirmant ainsi la nature politique de son geste.La veille, lors de sa visite à la prison de la ville, Trepov avait ordonné qu’on fouette un détenu qui avait refusé de se découvrir devant lui , ce qui fut aussitôt fait : le détenu y perdit un œil. Vera réagissait ainsi au « procès des 193 » militants qui venait d’avoir lieu, au cours duquel 36 prévenus avaient été condamnés à des peines de déportation. Terre et Liberté était un mouvement socialiste, populiste, né du mouvement étudiant de 1868. Suite à la répression de ce mouvement, plusieurs centaines d’étudiants avaient décidé de fuir les villes et d’aller au peuple, dans la Russie profonde, bref de prendre le maquis parmi les masses paysannes. Devant la répression féroce qu’ils subirent, une partie d’entre eux décidèrent de recourir au terrorisme, en exécutant des bourreaux du peuple.Leurs successeurs, les socialistes révolutionnaires, furent décimés par les Bolcheviks, une fois ceux-ci parvenus au pouvoir en 1917. Pour en revenir à Vera Zassoulitch, l’étonnant est qu’elle fut acquittée à son procès par la cour d’assises, sous les applaudissements de l’assistance, le jury populaire étant unanime à reconnaître que la cruauté du gouverneur Trepov légitimait le coup de feu de Vera.La suite de cet article ICI TLAXCALA
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