lundi 9 août 2010

Afgahnistan guerre et propagande, une image pour la guerre.


Une femme enceinte exécutée par les talibans.
Source Radio Canada lundi 9 août 2010

Une jeune afghane mutilée par les talibans sera opérée en Californie.
Le Monde 6 août 2010

Afghanistan : L’OTAN a tenté de dissimuler les faits après un raid qui a tourné au carnage, révèle le Times
Contre Info
17 mars 2010

Afghane mutilée en Une de Time: de la "propagande" selon les talibans
Le Monde 9 août 2010

Portrait of Pain Ignites Debate Over Afghan War
The New York Times 4 août 2010

Une image pour la guerre
Par André Gunthert

Comme en réponse aux fuites massives sur le conflit afghan publiées par Wikileaks, une image. En couverture du Time de cette semaine (édition du 9/08/2010), le portrait d’Aisha, beau visage creusé en son centre d’une blessure affreuse – le nez coupé. Une punition infligée l’an dernier par sa propre famille à l’issue d’un procès par les talibans pour avoir fui un mariage forcé. Le titre choisi par le magazine américain ne laisse pas de doute sur l’interprétation de cette torture barbare : « What happens if we leave Afghanistan » (« Ce qui se passera si nous quittons l’Afghanistan ”).

Alors qu’on apprend que la jeune femme a rejoint les États-Unis pour une opération de chirurgie reconstructrice, le débat fait rage entre faucons et colombes, qui qualifient la publication de l’image de « pornographie de guerre » (“war porn”). Terrible constat de l’échec de 9 ans d’occupation, le message de cette photo peut en effet se retourner comme un boomerang contre ses émetteurs. Certains décryptent le choix de cette image-choc comme le signe d’une escalade désespérée de la part des partisans d’un conflit de plus en plus impopulaire.

Si l’image de la souffrance d’Aisha semble rejoindre la courte liste des icônes qui, de Kim Phuc à Neda, s’inscrivent dans la mise en scène médiatique des guerres, il faut souligner deux caractéristiques qui l’isolent de la série. Alors que l’image de la victime féminine est habituellement utilisée comme symbole pour dénoncer le conflit, celle-ci sert à l’inverse à légitimer la poursuite de l’occupation.

Ce retournement du schéma explique l’autre différence essentielle de cette icône : au lieu d’une photographie de reportage prise sur le vif, il s’agit d’un portrait soigneusement posé (réalisé par Jodi Bieber pour le magazine), comme celui d’un mannequin ou d’une célébrité, qui rend plus affreux encore le contraste entre la mise en scène de la beauté et la blessure ouverte.

On peut voir dans cette photographie un écho paradoxal à l’un des plus célèbres portraits du XXe siècle, celui de la jeune afghane par Steve McCurry, publié en 1985 par le National Geographic. Au-delà de la victimographie des conflits, façon gueules cassée, la couverture du Time raconte que le comble de la guerre est l’agression contre la beauté. Dans le cas d’Aisha, on peut redouter que le magazine ne nous inflige dans quelques mois l’épreuve de comparaison après reconstruction, qui fournira l’attestation définitive du bien-fondé de l’invasion américaine (avec mes remerciements à Pascal Kober).

Article initialement publié sur Culture visuelle
et
OWNI Aisha, icone de guerre

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