Voici le questionnement que Jean Bricmont a posé dans son livre qui date de 5 ans... Ce questionnement serait-il d’actualité?Impérialisme humanitaire. Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort?
Une des caractéristiques du discours politique, de la droite à la gauche, est qu’il est aujourd’hui entièrement dominé par ce qu’on pourrait appeler l’impératif d’ingérence.Nous sommes constamment appelés à défendre les droits des minorités opprimées dans des pays lointains (Tchétchénie, Tibet, Kosovo, Kurdistan), à propos desquels il faut bien reconnaître que la plupart d’entre nous ne connaissent pas grand-chose, à protester contre les violations des droits de l’homme à Cuba, en Chine ou au Soudan, à exiger l’abolition de la peine de mort aux États-Unis, ou à dénoncer la persécution des femmes musulmanes.
Comme il s’agit en pratique des pays puissants, quelles raisons a-t-on de croire à la sincérité de leurs proclamations humanitaires? Quel est l’effet sur le long terme des ingérences occidentales dans le tiers monde? La vision traditionnelle du droit international, qui interdit l’ingérence unilatérale, est-elle vraiment dépassée? Notre histoire et notre mode de développement nous donnent-t-ils le droit de dire aux autres pays ce qu’ils doivent faire? Lorsque l’on parle de droits de l’homme, pense-t-on aussi aux droits économiques et sociaux? Si oui, ces droits sont-ils toujours compatibles avec les droits politiques et individuels? Et s’ils ne le sont pas, comment établir des priorités entre différents types de droit?
Par ailleurs, on peut également poser un certain nombre de questions aux mouvements progressistes, pacifistes ou écologistes. Ces mouvements ne prennent-ils pas trop vite pour argent comptant les déclarations des médias et des dirigeants occidentaux? En particulier, les dirigeants du tiers monde démonisés par l’Occident sont-ils vraiment de nouveau Hitler, face à laquelle toute compromission équivaudrait à un nouveau Munich? La construction européenne offre-t-elle un espoir d’alternative face à l’hégémonie américaine? La politique d’ingérence est-elle réellement internationaliste?
Source pour le texte intégral Le Grand soir
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