Téhéran — Le président iranien, Mahmud Ahmadinejad, semble gagné en force alors même que les attaques nord-américaines et européennes contre lui augmentent. La communauté internationale est partagée en camps qui rivalisent entre eux, et le fait qu’il défende la cause des « sans nucléaire » — la grande majorité de la population mondiale — lui donne la dimension d’un militant pour la paix qui parle le langage du désarmement.Indépendamment du boycottage des gouvernements occidentaux et de la couverture médiatique négative, sa performance à New York à la conférence de revue du TNP contient tous les éléments d’un discours historique.
Ahmadinejad a édulcoré son discours habituellement incendiaire, mais n’a rien perdu de son ciblage précis en se concentrant sur les insuffisances du désarmement mondial, une doctrine nucléaire US défectueuse, et les différentes actions à mener pour arriver à un désarmement total dont la révision de la structure de pouvoir de l’ONU disant qu’elle a contribué à perpétuer l’actuel statu quo sur le nucléaire.
Les responsables US avec à leur tête la secrétaire d'État, Hillary Clinton, se sont empressés de critiquer le discours comme étant « agressif » et ayant pour but de « détourner l’attention » des prétendues activités nucléaires de prolifération Iraniennes. Clinton a affirmé catégoriquement que l’Iran ne respectait pas ses obligations vis-à-vis du TNP — une accusation repoussée par l’Iran qui actuellement se targue d’une coopération extensive avec l’AIEA.
Ahmadinejad a énergiquement défendu la cause du désarmement dans les TÉLÉVISIONS américaines après son discours, et s’est effectivement largement servie du « smart Power » que Clinton a revendiquée pour elle-même l’année dernière lors de sa nomination. Le président iranien s’est montré lui-même non dépourvu d’esprit et d’initiative quand dans l’une des interviews il a réfuté les accusations comme quoi Osama Ben Laden vivait dans un appartement luxueux à Téhéran en disant que le chef d’Al Qaeda pourrait bien être vivant et en bonne santé à Washington DC.
Parmi ce qu’il a fait, on compte l’organisation d’une conférence sur le désarmement nucléaire à Téhéran suivie de la décision soudaine de diriger le combat à la conférence de New York et de se focaliser sur l’Article VI du TNP portant sur le désarmement alors même que les puissances occidentales avaient depuis longtemps prévu de se concentrer sur les articles du TNP portant sur l’accès à la technologie nucléaire et à la non-prolifération.
Un signe de ce retournement peut être constaté par le retour du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, qui avait d’abord ignoré Ahmadinejad en quittant la salle de conférence de l’ONU juste avant le discours de ce dernier et qu’on voit sur les premières pages des quotidiens à Téhéran lui serrant la main. Cela est du probablement au fait que Ban a voulu éviter de voir sa réputation entachée s’il imitait tout simplement la réaction négative des responsables occidentaux et ne tenait pas compte de la montée en flèche de la popularité d’Ahmadinejad dans de nombreux coins du monde à cause de son défi à la volonté occidentale.
Concernant cette dernière recommandation l’Égypte à la fois dans un document pré-conférence et dans sa présentation à la conférence a placé en priorité l’application des mesures ayant pour objectif la dénucléarisation de cette zone qui avaient été adoptées lors de la conférence de révision du TNP en 1995. Ignorant la pression israélienne de minimiser ceci, l’Égypte qui est actuellement à la tête du NAM est obligée de refléter les sentiments puissants des états membres sinon elle perdrait sa légitimité.
En fait, le même argument s’applique aux US et à d’autres gouvernements occidentaux qui ont adopté l’idée de 1995 de supprimer toutes les ADM du Moyen Orient et n’ont rien entrepris pour favoriser cela à cause de leur soutien à Israël. Résultat, la polarisation de la conférence se fait manifestement déjà sur ce problème épineux et la question c’est de savoir à quel point le conflit sur ce problème sera dommageable à l’unité et au but de la conférence?
C’est évident que l’entente Égypte Iran sur cela et d’autres problèmes en lien est considérée comme une menace sérieuse par les gouvernements occidentaux qui redoutent la pensée d’une autre « conférence sans succès » comme celle de 2005, bien que l’échec dans la production d’une déclaration finale acceptable par tous compte tenue du mode consensuel de prise de décision à la conférence, n’était pas obligatoirement un « échec de même type » pour tous. En fait, en 2005 l’Iran et l’Égypte et un certain nombre d’états membres du NAM ont discrètement considéré comme une « petite victoire » le manque de document tangible contraire à leurs propres intérêts.
Cependant, ce qui est plus important que le document final c’est la conférence de révision actuellement en cours (qui a commencé le 3 mai et s’achèvera le 28 mai) qui pourrait changer de direction selon la diplomatie habile de participants clés et des coalitions qu’ils regroupent.
Malgré l’augmentation de la popularité d’Ahmadinejad dans le Tiers Monde ce n’est pas impossible que les gouvernements occidentaux arrivent à changer la direction des débats et récupérant de leurs échecs infligent un coup dur à l’Iran. Tout dépend de la capacité de l’Iran à maintenir à la conférence un front uni au NAM de sorte que l’agenda double d’accès libre au nucléaire civil et le désarmement puissent continuer à bénéficier de toute l’attention de tous.
« C’est une bataille rangée et si Ahmadinejad émerge avec succès à la fin de la conférence alors il va accroître la base de son soutien parmi la population » selon un analyste politique de Téhéran qui a ajouté que de même l’absence de progrès et la continuation du bizness comme d’habitude auraient un effet inverse sur l’Iran.
En d'autres termes, il y a un élément de risque et même un pari impliqué dans les deux scénarios et nous saurons bientôt qui a le dessus. Néanmoins, c’est évident qu’Ahmadinejad a remporté une victoire importante chez lui en apparaissant audacieux innovateur et capable de suffisamment de prouesses diplomatiques pour prendre l’Oncle Sam à son propre jeu.
Kaveh L. Afrasiabi, 07/05/2010 — www.atimes.com
Kaveh L Afrasiabi, PhD, est l’auteur de After Khomeini: New Directions in Iran's Foreign Policy (Westview Press) .Son dernier livre, Reading In Iran Foreign Policy After September 11 (BookSurge Publishing , 23 Octobre 2008) est actuellement disponible.
Source Planète non violence
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