mardi 18 mai 2010

Des prisonniers politiques au Venezuela?

Par Eva Golinger

Lorsque des acteurs politiques ont commis des crimes, peuvent-ils se couvrir en criant à la persécution? Alors que des organisations internationales soutenues par Washington accusent l'administration Chavez de persécution politique, les faits éclairent la différence entre activisme et crime.

La semaine dernière [NDLR : début avril], Amnesty International a lancé un appel urgent, prétendant que cinq personnes étaient soumises à une forte persécution politique. Selon l'organisation de défense des droits de l'homme, "le gouvernement du Venezuela semble avoir élaboré au cours des dernières années un plan reposant sur des méthodes législatives et administratives pour étouffer la dissidence, à savoir faire taire et harceler les personnes qui formuleraient des critiques. Les lois sont utilisées pour justifier ce qui apparaît comme étant essentiellement des accusations politiques, ce qui indiquerait que le gouvernement cible délibérément les opposants”.

Amnesty International omet de préciser qui sont véritablement les personnes en cause et ce dont elles sont accusées. L'appel urgent mentionne le Vénézuélien Oswaldo Alvarez Paz, ex-gouverneur de l'Etat de Zulia, arrêté et accusé d'instigation au crime et de diffusion de fausses informations il y a deux semaines. Celui-ci, qui avait participé au coup d'Etat d'avril 2002 et a prôné publiquement le renversement de l'administration Chavez par la violence, a prétendu en direct à la télévision que le gouvernement soutenait des groupes terroristes et facilitait le trafic de drogue. Ce faisant, il appuyait les allégations d'un tribunal espagnol et de plusieurs organisations internationales de droite qui demandent la condamnation internationale du gouvernement vénézuélien.

Ceux qui défendent Alvarez Paz s'abritent derrière des concepts de liberté d'expression. Les citoyens sont-ils donc libres d'accuser sans preuves, en direct sur une chaîne de télévision nationale, le président de la nation de trafic de drogue et de terrorisme? Pourraient-ils le faire dans un autre pays sans avoir ensuite à répondre de leur acte? Imaginez un ancien gouverneur des Etats-Unis qualifier en direct sur NBC news le président Barack Obama de terroriste et de trafiquant de drogue sans apporter de preuves. Il serait immédiatement arrêté par les services secrets et poursuivi dans toute la mesure légale non seulement pour diffusion de fausses informations, mais aussi pour mise en péril de la vie et atteinte à l'image du président américain.

La plupart des démocraties qui reconnaissent la liberté d'expression et la considèrent comme une valeur importante, prévoient des limites en cas de menace pour la sécurité de la nation ou des ses dirigeants. En outre, nul ne peut, sans en assumer les conséquences par la suite, se permettre de diffamer et de calomnier autrui publiquement et sans preuves. Les agissements d'Alvarez Paz enfreignent non seulement le droit vénézuélien, mais aussi les principes internationaux. Le droit international ne prévoit nullement une liberté d'expression absolue: il prescrit des limites pour empêcher toute atteinte aux droits et à la sécurité d'autrui.

Or, au Venezuela, nombreux sont ceux qui se croient au-dessus de la loi, notamment parmi la classe qui a dirigé le pays au 20e siècle. Et pour cause. La plupart des participants au coup d'Etat d'avril 2002, par exemple, n'ont pas été inquiétés, et ils continuent à œuvrer pour un renversement du gouvernement. Seuls trois officiers de police, Ivan Simonovis, Lazaro Forero et Henry Vivas, ont dû faire face à la justice. Un tribunal les a jugés coupables d'avoir ordonné le massacre de manifestants. Tous trois ont sollicité l'aide d'organisations internationales, se faisant passer pour des prisonniers politiques. Ils ont eu gain de cause: leur condamnation a été annulée cette semaine par une cour d'appel du Venezuela.

La relaxe illégale de prisonniers: un droit?

Dans son appel, Amnesty International mentionne également le cas de Maria Lourdes Afiuni, juge vénézuélien, arrêtée le 10 décembre 2009 pour avoir aidé un prisonnier à s'échapper d'une salle d'audience et à sortir du pays. Celle-ci est accusée d'avoir permis à Eligio Cedeno, un banquier vénézuélien poursuivi et emprisonné pour corruption et détournement de fonds, de quitter sa salle d'audience par une porte dérobée. En violation manifeste de la procédure légale, elle avait convoqué Cedeno sans le notifier au bureau du procureur, puis l'avait fait sortir pour qu'il puisse s'enfuir vers Miami.

Maria Lourdes Afiuni a été arrêtée et accusée de corruption. Le président Chavez a mentionné publiquement son cas, preuve de la corruption du système légal, et prié le bureau du procureur général de prendre des mesures. Il n'est pas responsable de la détention du juge; l'arrestation ne s'est pas faite de manière arbitraire, mais sur la base de preuves solides qu'un membre du parquet s'est rendu coupable de faute professionnelle et d'abus.

Corruption et manifestations violentes

Un article publié début avril dans le New York Times attaque avec brutalité l'administration Chavez et l'accuse de bâillonner les dissidents en procédant à leur arrestation. Il cite le cas du général Raul Isaias Baduel, ancien ministre de la justice et allié de Chavez, actuellement incarcéré pour corruption. L'article tente de donner à Baduel des allures de victime, mais omet de mentionner que l'ancien officier a été pris en flagrant délit de vol pour un montant de plus de 30 millions de dollars alors qu'il était en fonction. Il a acquis des entreprises, des fermes et des propriétés au Venezuela ainsi qu'à l'étranger alors qu'il occupait le poste de ministre de la défense. Il n'a commencé à se prétendre victime de persécution politique que lorsque Chavez l'a contraint à démissionner et qu'il a commencé à faire l'objet d'enquêtes pour corruption.

L'appel lancé par Amnesty international mentionne également Richard Blanco, un chef de l'opposition, qui serait soumis à une certaine persécution politique. En fait, Blanco a été arrêté en plein jour après avoir agressé physiquement un officier de police au cours d'une manifestation publique, et incité d'autres personnes présentes à forcer le barrage de police et à recourir à une forme violente de protestation. Ses agissements ont été diffusés en direct à la télévision et ne sont pas contestables.

D'autres dirigeants de l'opposition, accusés notamment de corruption, ont fui le pays afin d'échapper à la justice. Plusieurs d'entre eux, d'éminents personnages, ont obtenu l'asile aux Etats-Unis ou au Pérou, deux refuges pour les criminels latino-américains. L'ancien gouverneurs de Zulia, Manuel Rosales, qui a fait main basse sur des millions de dollars au cours de son mandat ainsi que sur une énorme quantité de terrains, s'est dérobé à la justice lorsque de premières incriminations ont été lancées contre lui. Maintenant réfugié au Pérou, il prétend être un prisonnier politique du gouvernement Chavez. D'autres criminels corrompus et violents – comme Nixon Moreno, accusé de tentative de viol sur une femme officier de police, ou Oscar Perez, accusé de violence à main armée et incitation au crime durant des manifestations l'année dernière –adoptent la même tactique.

L'idéologie ne saurait servir à l'exemption de criminels. Si l'immunité a longtemps prévalu au Venezuela, désormais le système judiciaire se risque enfin à faire appliquer la loi, quel qu'en soit le prix. En novembre 2004, Danilo Anderson, le procureur fédéral chargé d'enquêter sur les personnes impliquées dans le coup d'Etat d'avril 2002, a été assassiné dans une attaque terroriste atypique qui a suivi l'explosion de sa voiture. Pour l'heure, cette affaire n'a pas été élucidée.

Traduction: Investig'Action
Source originale: Correo del Orinoco

Source Michel Collon

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