samedi 10 avril 2010

Le voile historique

Par History will teach us nothing


Mis à part le post consacré à la « polémique " sur la burka en France l'été dernier, je n'ai pas abordé le sujet du voile sur ce blogue, l'ayant fait et à plusieurs occasions ailleurs. Et pour cause! Chez nous (Algérie) aussi le voile est sujet à ‘polémique’ (en dehors de la photo biométrique actuellement). Une polémique principalement alimentée par une ‘presse’ qui préfère diffuser des idées subjectives et irrationnelles au détriment de la déontologie et de l'éthique journalistiques. Exemple?

En première page du numéro du premier avril 2010, le journal L'Expression titre en grand :

ENQUETE
De plus en plus de femmes franchissent le pas
"J'ai décidé d'enlever mon hidjab"


On aurait pu croire à un poisson d'avril vu la qualité de l'enquête en question. Une enquête dont nous ne savons rien puisque se résumant à quelques "anonymes". Et après plusieurs portes ouvertes enfoncées et des confidences à l'emporte-pièce, l'article fait heureusement parler les scientifiques.

Mais d'abord un "membre" du CREAD (encore un anonyme!) et... le "professeur" Ouchaâlal Kahina, chercheur au CREAD aussi, qui évoque elle "plusieurs travaux sur l'évolution du phénomène de l’‘hidjabisation" en Algérie". Intéressant, n'est-ce pas? Seulement, une petite recherche va s'imposer puisque ladite enquête n'a même pas rempli son contrat au final.

Quelques clics suffirent alors à révéler que le "professeur" Ouchaâlal est en réalité "Attachée de recherche" au CREAD. Et que ce qu'elle évoque (selon l'article bien sûr) comme des "travaux" se résume en fait en un article de la revue Ciddef de mars 2008. Un article qui ne peut pas constituer un "travail scientifique", son auteur Leila Boucli, ancienne directrice de la Chaîne III de la Radio algérienne, n'étant pas "chercheur". Mais c'est pourtant lui qui à l'évidence constitue la source de cette rocambolesque enquête de laquelle l'auteur a puisé avec ostentation.
Et dans ce cas, je vous laisse moi aussi lire ma chronique (intégrale) consacrée au sujet et diffusée à l'époque (30/12/2003) sur les ondes de la Chaîne III de la Radio algérienne :

COMMENTAIRE De History will teach us nothing

Depuis quelques mois en France, un sujet fait l’actualité, déchaîne les passions et suscite toutes sortes d’interrogations. Il s’agit de la question du foulard, du voile ou de l’hidjab, qu’importe le nom, l’essentiel étant la question posée : faut-il ou non et au nom de la laïcité, interdire le port du foulard islamique, ou autres signes religieux à l’école?

Vous vous demandez déjà comment cette chronique pourrait s’intéresser à ce qui se passe en France? J’avoue honnêtement que cette question m’interpelle et qu’aujourd’hui cette chronique porte bien son titre "Les racines de l’âme". Mais, dans "DZ-mémoires" posons le problème différemment.

D’abord, depuis quand le "voile" est-il devenu islamique?

Ensuite, comment ce même voile peut-il devenir un signe religieux ostentatoire ou ostensible? Alors que le mot voile signifie cacher, protéger ou couvrir et que les mots ostentatoire ou ostensible signifient au contraire, afficher, exhiber, étaler, montrer.

Mais, ne nous arrêtons pas là, le voyage ne fait que commencer. Un voyage virtuel que j’ai moi-même effectué ces derniers jours à travers l’histoire du costume et de son évolution dans le temps et à la faveur des changements que l’Homme a connus ou lui-même opérés.

Le costume, le vêtement ou l’habit a depuis toujours été le reflet de celui qui le porte. C’est également l’expression d’un mode de vie et d’une réalité économique sociale et culturelle. Au tout début de l’Histoire de l’Humanité, le vêtement a d’abord été une protection du corps du regard des autres et des conditions climatiques. Il deviendra par la suite et grâce au développement technologique, une parure et une distinction sociale. Ainsi, de l’Homme de la Préhistoire habillée simplement de peaux d’animaux, la technique du tissage du lin, de la laine, du coton et de la soie a permis très tôt de diversifier le costume et de développer une mode vestimentaire en Mésopotamie, en Égypte, en Méditerranée et en Chine. Et la tête faisant naturellement et logiquement partie du corps humain, plus encore, symbolisant également la spiritualité, l’intelligence et le statut social, la tête a été parée, ornée ou couverte selon les peuples et les sociétés.

Visualisons ensemble les différents costumes anciens ou traditionnels du monde entier, et nous remarquons que pour la femme autant que pour l’homme, la tête est partout et depuis toujours coiffée, du simple bonnet au chapeau, du foulard à la coiffe et de la casquette au sombrero, les hommes et les femmes se sont toujours habillés de la tête aux pieds. Évidemment par nécessité à cause du soleil ou du froid sinon par pure coquetterie.

En méditerranée, surtout occidentale, le port du voile en tant que signe religieux n’a rien de nouveau. La femme grecque, espagnole, italienne ou française porte encore traditionnellement un foulard, une coiffe ou une mantille, plus particulièrement lors des fêtes religieuses. Ceci est dû à l’action de Paul qui dès le 1er siècle a répandu l’obligation aux femmes chrétiennes de porter le voile comme signe de leur subordination et de leur foi chrétienne. Et c’est à partir de ce moment-là que le port du voile s’est répandu en méditerranée occidentale avec une nouvelle dimension, religieuse cette fois-ci, alors qu’avec le Judaïsme elle n’avait été jusque-là que sociale.

Quant à l’Islam, il n’a fait que confirmer un fait déjà existant. Dans le verset 31 de "Sourate Annour" (24), Dieu, impose aux femmes musulmanes de rabattre leurs voiles sur leurs poitrines et de ne pas montrer leurs charmes, sauf ce qui en apparaît normalement. Ce verset suppose donc que le costume existant était déjà long et couvrait largement le corps. Et le fait de rabattre le voile sur la poitrine suppose aussi que le voile existait déjà et était habituellement porté. Et dans le verset 59 de "Sourate Al-Ahzab" (33), Dieu nous explique le sens de cette obligation de se couvrir pour une musulmane et qui signifie alors qu’elle soit reconnue en tant que pieuse pour ne pas être provoquée dans la rue, ni agressée.

Ces deux versets ont eu par la suite différentes interprétations. Néanmoins, il en ressort que le but du voile en Islam est bien social avant tout. C’est pour cette raison d’ailleurs que les théologiens des différents courants de pensée musulmane s’accordent à dire qu’il n’existe pas de costume spécifiquement musulman. Il existe une morale vestimentaire de décence, de propreté et de respect de soi. Le port du voile en Islam interdit à la femme de faire étalage de ses attraits physiques ou d’user de charme au singulier (comme au pluriel). Et ceci étant valable pour l’extérieur et non l’intérieur de chez elle. C’est ainsi que par la suite, et selon les conditions sociales, économiques, culturelles et géographiques, les musulmans ont développé la technologie du textile et ont diversifié et coloré le costume.

Au Maghreb et en Algérie en particulier, nous possédons une richesse vestimentaire importante. Autant dans le vêtement lui-même : citadin, rural ou bédouin que dans la chaussure et bien sûr dans le voile. "El-Mel’hfa", "Haïk" ou "Mlaya" se tissent en soie, en laine ou en coton, avec différentes techniques et couleurs. Les foulards et les châles se conjuguent selon les saisons, les couleurs et les occasions. Et ce n’était pas, comme le croient certains, parce que la femme était inactive ou cloîtrée à la maison, bien au contraire... La femme voilée d’Algérie sortait elle-même ses troupeaux, travaillait sa terre et allait même au marché vendre ses produits. Elle participait activement à l’économie familiale et nationale. Ce sera la femme citadine, surtout à l’époque ottomane, qui va devenir de plus en plus cloîtrée. Ceci n’avait aucun lien direct avec la religion, c’était plutôt une nouvelle réalité économique qui apportait beaucoup de richesses par la mer. La femme continuait néanmoins à faire du tissage, de la broderie et autres travaux de couture chez elle. C’est d’ailleurs de cette époque que nous viennent les "karakos", "gnaders" constantinoise et toutes les broderies d’or et d’argent que nous continuons encore à porter.

Certains et certaines me diront que j’évoque ici une époque révolue, que tout ceci est dépassé, que nous avons évolué et que la femme s’est libérée. D'ailleurs, c’est au nom même de cette libération féminine qu’en France d’abord, et à la "faveur" de la révolution, les femmes ont peu à peu commencé à dévoiler leur corps et bien sûr jeté leurs coiffes aux oubliettes. C’est au nom de cette même libération féminine qu’elles sont aujourd’hui victimes de la mode. La dictature moderne qui interdit la différence parce qu’il faut obligatoirement être : "tendance" !

C’est encore au nom de la libération féminine que le corps de la femme est instrumentalisé à outrance. Un argument de vente qui n’a plus rien à vendre tellement, dévoilé et démystifié qu’il en a été, dénaturé. Et ce sont les mêmes féministes qui, hier appelaient à la libération de la femme, s’opposent aujourd’hui à cette banalisation du corps féminin. Pourquoi s’étonner alors que des jeunes filles veulent préserver leur féminité en se voilant? Elles refusent d’être de simples figurines destinées au terrible concours machiste de "Miss Beauté mondiale".

Elles refusent par-dessus tout d’être des figurantes dans leur propre existence parce que se voiler la tête ne signifie en aucun cas se voiler l’esprit et encore moins se voiler la face.


Source History will teach us nothing

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