Extrait du livre de Robert Fisk « La Grande Guerre pour la civilisation
« Ben Laden était lié à un programme d'éradication de la drogue.
En 1996, l'Afghanistan était le premier fournisseur mondial d'opium cultivé illégalement et produisait environ 2200 tonnes de pâte d'opium, soit 80 % de l'héroïne consommée en Europe occidentale. Ce qui ne veut pas dire que les Afghans n'en consommaient pas. On pouvait croiser dans le bazar de Jalalabad des jeunes gens aux yeux morts et aux bras flétris par l’usage de la seringue. C'étaient des toxicomanes de retour des camps de réfugiés du Pakistan, témoins agonisants du fleau de l'héroïne.....»
« L'est de la province de Nangarhar accueillait alors 80 % de la production de pavot du pays — ce qui correspond à 64 % de la consommation d'héroïne ouest-européenne — et les laboratoires avaient migré au Pakistan à la zone frontalière de l'Afghanistan. C'étaient de véritables forteresses équipées d'armes antiaériennes et de véhicules blindés qui produisaient des centaines de kilos d'héroïne par jour et pouvaient résister à une offensive militaire. Les autorités locales de Jalalabad prétendaient avoir éradiqué 30,000 hectares de champs de pavot et de chanvre indien au cours des deux années précédentes, mais leurs efforts — dont on peut saluer le courage —, vu la puissance de feu des producteurs de drogue — semblaient tout aussi vains que les tentatives du reste du monde pour en finir avec la toxicomanie.....»
«... Sur le marché de Jalalabad, les paysans obtenaient à peine 140 dollars pour 7 kilogrammes(*) de haschich, et un peu plus de 250 dollars pour 7 kilogrammes d’opium — soit à peu près le même prix que pour des céréales. L'ONU fournissait des semences de blé aux cultivateurs désireux d’abandonner la production de drogue en leur expliquant que leurs bénéfices seraient les mêmes sur les marchés locaux.»
« La culture du pavot était devenue une véritable agro-industrie et les trafiquants au service des barons de la drogue afghans disposaient désormais de conseillers techniques qui sillonnaient la province de Nangarhar pour y prodiguer leur expertise agronomique et chimique. Ils payaient la marchandise d'avance et étaient si préoccupés par la santé de leurs employés qu'ils leur avaient fourni des masques pour travailler dans les ateliers de production d'opium. On racontait même qu'ils leur offraient une assurance maladie. Bref, du capitalisme à grande échelle, bien qu'en toute illégalité. Quand j'interrogeai un responsable européen de l'ONU pour savoir comment la communauté internationale pouvait affronter un tel système, il aspira une bouffée d'air et tonna : « En légalisant la consommation! Si vous légalisez, ce sera la fin des barons de la drogue. Ils seront ruinés et se massacreront mutuellement. Mais, bien entendu, le monde n'acceptera jamais cette solution. Alors, nous continuerons à mener une guerre perdue d'avance. »
« Ben Laden était lié à un programme d'éradication de la drogue.En 1996, l'Afghanistan était le premier fournisseur mondial d'opium cultivé illégalement et produisait environ 2200 tonnes de pâte d'opium, soit 80 % de l'héroïne consommée en Europe occidentale. Ce qui ne veut pas dire que les Afghans n'en consommaient pas. On pouvait croiser dans le bazar de Jalalabad des jeunes gens aux yeux morts et aux bras flétris par l’usage de la seringue. C'étaient des toxicomanes de retour des camps de réfugiés du Pakistan, témoins agonisants du fleau de l'héroïne.....»
« L'est de la province de Nangarhar accueillait alors 80 % de la production de pavot du pays — ce qui correspond à 64 % de la consommation d'héroïne ouest-européenne — et les laboratoires avaient migré au Pakistan à la zone frontalière de l'Afghanistan. C'étaient de véritables forteresses équipées d'armes antiaériennes et de véhicules blindés qui produisaient des centaines de kilos d'héroïne par jour et pouvaient résister à une offensive militaire. Les autorités locales de Jalalabad prétendaient avoir éradiqué 30,000 hectares de champs de pavot et de chanvre indien au cours des deux années précédentes, mais leurs efforts — dont on peut saluer le courage —, vu la puissance de feu des producteurs de drogue — semblaient tout aussi vains que les tentatives du reste du monde pour en finir avec la toxicomanie.....»
«... Sur le marché de Jalalabad, les paysans obtenaient à peine 140 dollars pour 7 kilogrammes(*) de haschich, et un peu plus de 250 dollars pour 7 kilogrammes d’opium — soit à peu près le même prix que pour des céréales. L'ONU fournissait des semences de blé aux cultivateurs désireux d’abandonner la production de drogue en leur expliquant que leurs bénéfices seraient les mêmes sur les marchés locaux.»
« La culture du pavot était devenue une véritable agro-industrie et les trafiquants au service des barons de la drogue afghans disposaient désormais de conseillers techniques qui sillonnaient la province de Nangarhar pour y prodiguer leur expertise agronomique et chimique. Ils payaient la marchandise d'avance et étaient si préoccupés par la santé de leurs employés qu'ils leur avaient fourni des masques pour travailler dans les ateliers de production d'opium. On racontait même qu'ils leur offraient une assurance maladie. Bref, du capitalisme à grande échelle, bien qu'en toute illégalité. Quand j'interrogeai un responsable européen de l'ONU pour savoir comment la communauté internationale pouvait affronter un tel système, il aspira une bouffée d'air et tonna : « En légalisant la consommation! Si vous légalisez, ce sera la fin des barons de la drogue. Ils seront ruinés et se massacreront mutuellement. Mais, bien entendu, le monde n'acceptera jamais cette solution. Alors, nous continuerons à mener une guerre perdue d'avance. »

Qu'en est-il aujourd'hui? La guerre se poursuit et s'étend à l'intérieur du Pakistan. Et si en croient les médias, nous ne sommes pas sortis du bois.
* Le prix du Kilo de haschich dans le milieu des années 1990 au Canada se vendait sur le marché noir 5000 dollars. Payant pour les trafiquants canadiens! Quand on sait que les consommateurs payaient 15 dollars pour un gramme de haschich, quand ce n'était pas 20 $. Les paysans et les consommateurs se faisaient arnaquer par les trafiquants en plus d'être victime de la misère qu’engendrait leur dépendance.


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